Lancia fête cette année ses cent ans. L'occasion de revenir sur le passé de cette marque qui fait partie de celles qui ont marqué de leur empreinte l'histoire automobile.
Vincenzo Lancia
Vincenzo Lancia naît en 1881 dans la région de Turin, au nord de l'Italie. Issu d'une famille aisée, son père voudrait le tenir son rang et devenir avocat. Malheureusement pour le patriarche, Vincenzo n'est pas un passionné des bancs d'école et, sans être un parfait cancre, n'obtient pas les résultats tant souhaités par son géniteur. Ce dernier se résout à voir son fils renoncer à des études de droit mais l'envoie tout de même apprendre le métier de comptable. Le garçon a seize ans. Sa vie jusque-là se partageait entre la demeure familiale dans l'arrière-pays de Turin et la grande ville, où les Lancia dispose d'un hôtel particulier.
C'est à Turin que Vincenzo rencontre les frères Ceirano. Ces derniers fabriquent des vélos et s'intéressent à l'automobile tout juste naissante. Ils embauchent Vincenzo comme mécanicien, ce dernier délaissant complètement ses pseudo études de comptabilité. D'ailleurs, son père croit que les frères Ceirano ont embauché leur fils en tant que tel. Mais Vincenzo a décidément d'autres projets.
Il fait son bout de chemin chez les frères Ceirano et quand l'atelier de ces derniers est racheté par la famille Agnelli pour le compte de la F.I.A.T., Vincenzo devient essayeur pour la marque italienne aujourd'hui si puissante. Parallèlement, il travaille sur différents prototypes et en 1906, il quitte Fiat pour fonder sa propre entreprise. Il s'associe avec Claudio Fogolin, rencontré quelques années plus tôt chez les frères Ceirano. C'est le début de l'épopée Lancia.
Des débuts à la mort de Vincenzo
Les premières réalisations des ateliers Lancia connaissent un certain succès, de sorte que l'entreprise prend rapidement de l'ampleur. Lancia impose son nom et son savoir-faire. Signe de l'assurance et de l'enthousiasme de son créateur, à partir de 1911, les modèles Lancia sont dotés tous dotés d'un volant à quatre branches et de l'emblème de la lance. Ecusson qui est encore aujourd'hui celui de la marque. Vincenzo a fait de l'innovation sa ligne de conduite et le credo essentiel à l'essor de son entreprise. Ainsi, les années qui suivent la création de l'entreprise voit l'apparition d'une multitude de progrès et de nouvelles technologies sur les modèles Lancia.
En 1913, par exemple, la Theta (se référer à l'ordre d'apparition des modèles pour la galerie photo) présente en Europe la première installation électrique intégrée dans la voiture. En 1918, deux brevets sont déposés pour un prototype de moteur à huit cylindres en V à 45° (que l'on retrouvera pour la première fois sur la Trikappa de 1922) et un moteur 12 cylindres, toujours en V, mais à 22°. Cette dernière solution, toujours avec de faibles degrés d'ouverture, va caractériser pendant longtemps les modèles Lancia et le dernier moteur avec cette architecture sera encore monté sur la Fulvia Coupé de 1976 (photo). C'est dire la révolution que cette technologie a inspirée au monde automobile !
Les affaires fleurissent et les modèles se vendent bien et c'est en pleine ascension que la marque perd son fondateur et fer de lance. Vincenzo est terrassé par une crise cardiaque en 1937, alors qu'il travaillait sur la sortie prochaine d'un des modèles les plus mythiques de Lancia, l'Aprilia (photo). Et comme un malheur n'arrive jamais seul, la guerre apporte bientôt son lot de contrariétés et Lancia doit momentanément cesser son activité civile.
Après la guerre et jusqu'à aujourd'hui
A la mort de Vincenzo, c'est son fils, Gianni, qui reprend le flambeau. Mais les difficultés d'après-guerre sont trop nombreuses et Gianni doit céder l'entreprise familiale à Fiat au tournant des années 1953 et 1954. Peu à peu, Lancia perd logiquement de sa superbe. L'âge d'or de la marque à la lance est terminé.
La politique est maintenant au sport automobile, des voitures de série préparées pour les compétitions (Aurelia berline et Grand Tourisme), aux voitures spécifiques réalisées pour les compétitions de la catégorie Sport et de la Formule 1, et à chaque fois avec d'excellents résultats sportifs des D20 et D23. Alors que Lancia revoit se redorer tout doucement son blason, en juillet 1955, l'équipe course de la marque est cédée gratuitement par Fiat à Ferrari qui, avec la D50 (photo) de conception Lancia, et pilotée par Fangio, remporte le Championnat du Monde de Formule 1 l'année suivante.
Au cours des décennies suivantes, l'image de Lancia décline encore un peu avant de remonter dans les années soixante-dix, notamment grâce à la Stratos (photo) dont la carrosserie est réalisée en alliage léger et en résine de verre. Une première ! Mais Lancia ne retrouve pas, une fois de plus, l'aura qui était la sienne à ses quelques décennies plus tôt.
Aujourd'hui, Lancia continue de proposer des modèles séduisants (Ypsilon en tête) mais est en proie à de graves difficultés financières. Et pourtant, son illustre passé inspire toujours, comme en témoigne le bureau de design anglais Fenomenon qui a présenté l'année dernière à Genève et Francfort une étude moderne de la légendaire Stratos… mais pas sur le stand Lancia. Encore une fois, la marque italienne s'est faite dépasser. Avec désormais cent ans d'histoire, Lancia a de l'inspiration à revendre ! Pourvu qu'elle en profite un peu pour elle-même…
F. Grimpret
vendredi mars 3, 2:00 PM
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