
Bugatti Veyron 16.4
À l'est, du nouveauLe destin du célèbre constructeur français prit un sérieux tournant avec le rachat des droits d'exploitation de la marque en 1998 par le groupe
Volkswagen. Deux ans plus tard, le constructeur de « la voiture du peuple » présentait un concept-car très exclusif de 1.000 chevaux sous l'appellation de Veyron 18.4 (pour 18 cylindres), censé succéder à la Bugatti EB110 … Puis le proto fit pendant quelques années la tournée des grands salons internationaux, Francfort,
Genève, Paris… Le nombre de cylindres fut revu à la baisse, mais les 1.000 chevaux du cahier des charges gagnèrent un cheval-vapeur supplémentaire. Les désormais 1.001 chevaux ont fait récemment franchir la barre des 400 Km/h à la Veyron 16.4, tarifée quelque 1,2 million d'Euros…
Si l'on en croit les sources –officielles et officieuses-, l'objet de tous les désirs devrait faire son apparition à l'automne prochain, pulvérisant par la même occasion une douzaine de records ; puissance, accélération, vitesse maximale, pour se positionner sur la plus haute marche de l'étroit marché des « super-cars ». Les chiffres annoncés par le constructeur pendant la période de gestation relevaient plutôt du registre de la Formule 1. Les pneumatiques et les freins nécessaires a une telle auto semblaient difficilement réalisable en série, même pour 300 exemplaires. Mais le cap des 400 Km/h (homologué) récemment atteints par la Bugatti Veyron a fait taire ses détracteurs. Les 1001 chevaux issus du bloc 16 cylindres de 8 litres flanqué de 4 compresseurs, devraient, au dire de Thomas Bscher Directeur de Bugatti, faire de la Veyron 16.4 « la plus puissante et la plus rapide automobile de route de tous les temps »…
Le châssis monocoque de la Veyron est réalisé chez l'italien Dallara, spécialiste reconnu en la matière. La transmission, constituée une boîte mécanique à sept rapports et d'un embrayage à double disque, sera fabriquée par VW à Wolfsburg, l'assemblage de l'auto demeurera toutefois réalisé sur le site historique de Bugatti, à Molsheim. Les spécifications précises de la Bugatti Veyron 16.4 exposée au
Salon de Francfort en septembre prochain sont encore inconnues. En revanche, le constructeur a annoncé qu'elle sera fabriquée à 300 exemplaires et qu'il faudra débourser la bagatelle de 1,2 million d'Euros pour s'asseoir à son volant. À un tel tarif, on peut craindre que la majorité des exemplaires construits ne partent pour le Moyen-orient…
Plus de 400km/h Au salon de Genève en mars dernier, lorsque le suédois Christian von Koenigsegg déclara que sa CCR détenait le nouveau record du monde de vitesse, les exposants du stand voisin Bugatti accueillirent la nouvelle avec un sourire poli. Quelques semaines plus tard, les 388 Km/h atteints par la Koenigsegg CCR de 806 chevaux sur l'anneau de Nardo allaient voler en éclat. Le 19 avril 2005, la Bugatti Veyron 16.4 dépassait les 400 Km/h sur la piste d'essai de Volkswagen. La vitesse de pointe la plus élevées jamais atteinte par un véhicule « de série » …
Le manufacturier Michelin a également apporté sa contribution à la réussite du projet. Le pneumatique qui équipe la Veyron est le fruit de cinq années de recherches, dont les contraintes de résistance et d'adhérence à des vitesses encore jamais atteintes, ont fait phosphorer les ingénieurs français. Les pneumatiques développés pour la Formule 1 ont été leur base de travail, mais leurs rainures parfaitement longitudinales sont conçues pour des surfaces totalement sèches et sans irrégularités, alors que la Veyron peut être confrontée à tous les temps et tout types de surfaces, sans pour autant pouvoir changer de pneumatiques. Même si la 16.4 jouit d'une transmission intégrale, sur roue détrempée il faudra caresser l'accélérateur du bout du pied, pour que les –très larges- roues puissent transmettre le couple colossal sans transformer l'auto en missile incontrôlable…
Face au record de mondial de vitesse du tandem Bugatti-Michelin, les couples de constructeurs-manufacturiers redoublent d'efforts dans cette course au superlatif. En mai dernier, le manufacturier Fulda s'était associé avec DaimlerChrysler pour chausser une Maybach recarrossée et grandement modifiée, baptisée Exelero. Fruit de ces efforts, un modeste 351 Km/h. Les prochains candidats à « la barre des 400 Km/h » seront la Koenigsegg CCR et la Chrysler ME Four Twelve. Au programme, des pneus pouvant supporter plusieurs tonnes de pression au centimètre carré et capables de s'approcher des 100 degrés sans se liquéfier…
Matin de rêve Programme d'une matinée idéale : vous vous rendez au siège de l'entreprise pour assister (présider ?) le Conseil d'Administration. Muni de l'imposante clef, vous vous rendez au garage où dort le monstre bleu nuit, comme tapi dans son repaire… La commande centralisée déverrouille les portes dans un clignement de feux. Contact, le moteur démarre dans un feulement grave, plus animal que véritablement automobile. La température d'huile monte dans de délicieux borborygmes, quelques minutes plus tard vous roulez sur la bretelle d'accès à l'autoroute. Le système de suspension hydraulique affiche « Normal », la garde au sol est de 12,5 centimètres. À mesure que vous accélérer, le diffuseur avant plaque le museau de l'engin sur le sol.
À cette heure matinale, l'autoroute (allemande) est presque déserte, vous écrasez doucement l'accélérateur et le tachymètre passe la barre des 220 Km/h… L'électronique de l'auto change ses appuis aérodynamiques, la caisse se rapproche du bitume, la garde au sol est désormais de 9 centimètres à l'avant, 8 à l'arrière. L'aileron arrière se déploie de moitié, le diffuseur avant reste ouvert. L'auto est campée sur ses appuis, mais vous voyez dans le rétroviseur l'aileron faire de son mieux pour plaquer l'arrière de l'auto au sol. La seule façon d'accroire l'adhérence est de gagner 100 Km/h de plus… Vraiment peu de circulation ce matin. À 375 Km/h le 16 cylindres à quelques centimètres derrière vous hurle… de plaisir. Une ligne droite de plusieurs kilomètres s'ouvre devant vous, il est temps d'aller au bout de l'auto, et de vous-même par la même occasion...
La caisse n'est plus qu'à 6,5 cm du sol à l'avant, 7 à l'arrière. L'aileron s'est entièrement déployé et a légèrement pivoté afin d'accroire son appui sur le train arrière. À cette vitesse, l'auto parcoure plus de 100 mètres à la seconde, votre estomac demande grâce…
Cela tombe bien, votre sortie d'autoroute est annoncée. Vous êtes serein, vous savez que les disques ventilés en céramique sont capables d'immobiliser la Veyron lancée à 400 Km/h en moins de dix secondes. De plus, si vous écrasez la pédale de freins à plus de 200 Km/h, l'aileron arrière prendra un angle de 113° qui évitera que le puissant freinage ne déleste de trop le train arrière. Vous êtes arrivé, votre journée a bien commencé…
Les chiffres Moteur: 16 cylindres, 8 litres, 4 compresseurs.
Puissance max.: Plus de 1001 CV
Transmission: Boîte mécanique à 7 rapports, embrayage à double disque, transmission intégrale.
Freins: Disques ventilés en céramique.
Vitesse max.: 406 km/h
Prix: A partir de 1.200.000 Euros
Texte: J. Baedeker
Photos: Bugatti
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