Essai nouveau Range Rover : le retour du roi ?

Celui qui avait lancé la mode des 4x4 luxueux il y a plus de 40 ans revient avec une toute nouvelle mouture, et la ferme intention de soigner sa réputation de « Rolls des SUV ». Signe des temps, il a aussi fait de gros efforts sur le plan technique pour baisser consommation et émissions de CO2. Nous l'avons essayé au Maroc, un cadre idéal pour tester ses capacités toujours spéciales.

La passe de quatre

Le Range Rover, ça fait déjà 40 ans que ça dure. Né en 1970, il est le premier tout terrain de l'histoire à avoir su se montrer aussi à l'aise dans les bourbiers écossais que devant les plus beaux palaces du monde. Son look moins baroudeur que celui du Defender de l'époque et son habitacle de plus en plus soigné au fil des ans lui ont permis d’accéder au statut de vraie voiture de luxe.

En plus de quarante ans de carrière, il aura d'ailleurs connu de nombreux propriétaires. Né sous le règne de British Leyland, le tout premier modèle durera jusqu'au milieu des années 90 après de nombreuses évolutions.

Puis ce sera au tour de BMW de lancer le second modèle, après le rachat de Rover et Land Rover par le constructeur allemand. Le troisième modèle, apparu au début des années 2000, est apparu sous l'ère Ford. Ce tout nouveau modèle (le quatrième de la lignée) apparaît aujourd'hui alors que la marque est passée sous le giron des Indiens de Tata depuis 2008.

Un nouveau propriétaire indien qui semble d'ailleurs tout faire pour stimuler la productivité de Jaguar et Land Rover. Les gammes de ces deux marques n'avaient pas paru aussi dynamiques depuis longtemps, surtout chez Land Rover après l'arrivée du petit Evoque qui se vend comme des petits pains.

Pour ce nouveau Range Rover, l'objectif était de garder le contrôle sur le très haut de gamme en matière de SUV à l'heure où les productions Porsche, Audi ou BMW pullulent et qu'on trouvera prochainement de nouveaux concurrents très ambitieux comme Bentley ou Lamborghini.
Le gros svelte

Au fil des générations, le Range Rover est toujours resté un gros 4x4 carré, imposant et statutaire. Ce nouveau modèle est visuellement proche de celui qu'il remplace, il se contente d'apporter un (tout petit) peu de douceur sur sa face avant plus inclinée et dont la calandre rappelle celle de l'Evoque. Pour le reste, les designers s'en sont tenus aux demandes de ses clients : don't change it, just make it better – ne le changez pas, rendez-le juste meilleur. Le précédent modèle était un pachyderme et sa masse frisait le permis poids lourd.

Le nouveau Range Rover reste évidemment un gros bébé de plus de deux tonnes, mais il est le premier SUV du monde à adopter un châssis entièrement en aluminium. Land Rover annonce 420 kilos de gagnés sur la version d'entrée de gamme par rapport à l'ancienne (oui mais le moteur est aussi plus petit sur cette version !), sans aller jusque-là ce nouveau Range fait effectivement de gros efforts pour soigner son poids. Ajoutez à cela trois motorisations à la conception moderne (les deux diesel TDV6 et TDV8 et le V8 Supercharged à injection directe) et vous obtenez une consommation en net recul même si l'auto reste évidemment dans le fond du malus, comme les grosses limousines et les voitures de sport. Sauf pour la version V6 diesel Hybrid, annoncée pour l'année prochaine, qui pourrait rejeter plus ou moins 150 g/km de CO2.

Palace haut sur pattes

Land Rover se plaît à rappeler que la clientèle du Range Rover est très variée et qu'au final, le modèle n'a pas vraiment de concurrence directe. C'est déjà vrai en terme de tarif avec un premier prix à peine au dessous des 90 000 euros et une somme qui peut dépasser les 130 000 euros sur le V8 Supercharged en finition Autobiography. De quoi le placer en face des limousines les plus luxueuses, aussi fallait-il soigner le plus possible ses passagers à bord.

A l'avant, la planche de bord rappelle fortement celle du petit Evoque dans son style. L'ensemble est d'une très grande simplicité et les boutons ne sont pas en surnombre. Les plus beaux matériaux sont évidemment en rendez-vous, surtout dans la finition haut de gamme Autobiography. Certaines combinaisons de couleurs et de matériaux (il y en a 18 000 possibles !) sont juste magnifiques, à noter certains détails qui méritent d'être vérifiés lorsque ce Range Rover arrivera en showroom : nos modèles d'essais étaient tous des pré-séries dont quelque-uns pouvaient comporter quelques rares imprécisions, par exemple au niveau de la fixation de l'encadrement de la console centrale. Le genre de petites imperfections qui, en théorie, auront totalement disparues d'ici la vente du modèle.

Pour le reste, c'est comme dans une limousine sauf qu'il faut enjamber un seuil de porte plus haut que dans dans une Mercedes Classe S ou une Audi A8. Tout est réglable, l'équipement est pléthorique et il ne reste plus qu'à attendre la version châssis long pour bénéficier de sièges arrières entièrement réglables individuellement comme dans les versions « L » des limousines citées plus haut.

L'autre « Flying Carpet »


Nous avons testé la version d'entrée de gamme en TDV6 mais surtout la version la plus élitiste, forte du V8 compressé qu'on retrouve aussi sous le capot des Jaguar XFR et autres XKR. Entre ces deux versions, il n'y a de toute façon aucune différence sur le plan du style extérieur ou intérieur. En ces temps où ses concurrents rivalisent tous en taille et en nombre de sorties d'échappement, il est remarquable de constater qu'un Range Rover de 510 chevaux se contente simplement de deux petites sorties d'échappements cachées et recourbées vers le bas. Il n'y a même pas un petit logo « V8 » ou "Supercharged". L'agressivité ou la débauche sportive, très peu pour lui. En fait, son tempérament nous a fortement rappelé celui d'une Rolls-Royce Phantom.

Comme dans la Rolls, le gros moteur se fait toujours discret en matière de sonorité, même si vous placez la boite en mode sport. Comme dans la Rolls, vous avez l'impression de voler au dessus de la route et la souplesse calculée des suspensions autorise un niveau de confort remarquable, même lorsque les routes sont mauvaises. Le bond en avant est impressionnant au moment d'accélérer le rythme sur route : ce nouveau Range Rover est tout sauf une voiture de sport mais son comportement apparaît nettement plus sain. On oserait presque partir à l'attaque d'une route tortueuse malgré un niveau de roulis toujours marqué et une boite ZF 8 rapports à palettes manquant un peu de réactivité. Le niveau d'accélération et de reprises est meilleur que dans un Mercedes G63 AMG de 544 chevaux et digne d'un coupé allemand bien motorisé.

Avec plus de 2,3 tonnes sur la balance, c'est quand même remarquable. Attention évidemment à la consommation avec un tel engin si vous avez le pied lourd, il n'y a pas de miracle même avec un châssis allégé et un moteur optimisé.

Il aime toujours la boue

Des prestations dynamiques satisfaisantes donc, d'autant plus que le Range Rover est pourtant capable de performances spéciales dans un domaine diamétralement opposé à la conduite sportive. Ce dernier né de la dynastie Range se devait de respecter l'esprit de la famille : rester aussi à l'aise devant les plus beaux palaces que dans les pires ornières du monde.

Même s'il faudrait un certain sens du sacrifice pour oser plonger dans la boue un engin aussi cher, le nouveau Range se dote d'un arsenal plus raffiné que jamais en matière de technologie de franchissement. Le débattement des suspensions pneumatiques est le plus élevé de sa catégorie, trois hauteurs sont proposées, de la normale à la plus élevée pour le franchissement extrême.

Le Terrain Response, qui accorde toutes les données du groupe motopropulseur en fonction du mode de terrain (route, terre, sable, rochers) dispose pour la première fois d'un mode automatique, qui détecte la nature du terrain sur lequel vous évoluez pour adapter l'auto aux conditions. Grâce à ses entrées d'air Queen Mary (elles ressemblent aux cheminées du célèbre bateau) placées sur le haut du capot moteur, il est même capable de se plonger dans 900 millimètres d'eau sans tousser. Pour un 4x4 sans équipement spécial, c'est un record. Après l'avoir malmené dans les dunes et les cailloux du désert marocain, on voit mal un Porsche Cayenne ou un BMW X5 s'en sortir aussi bien. On se dit aussi que ce type d'utilisation devrait rester anecdotiquement pour la clientèle de l'auto, qui s'en tiendra généralement à franchir les trottoirs des beaux quartiers avec.


En résumé ce nouveau Range fait payer plus cher que jamais son positionnement unique au monde mais ce n'est pas pour rien. Il restera certainement en tête des voitures de luxe à la mode pour la clientèle de prestige, il est surtout plus efficace que jamais dans tous les domaines. C'est aussi la meilleure limousine possible lorsque la route devient très mauvaise, loin des grands centre-villes européens ou américains. Toujours une classe à part dans la catégorie des SUV de luxe. Pour une version moins élitiste, attendez l'arrivée du prochain Range Rover Sport qui sera moins cher mais qui reprendra son nouveau châssis.

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