Salon de l'auto : cette génération pour qui la voiture n'est plus un membre de la famille

Aujourd'hui, seuls 59% des 18-24 ans jugent utile de posséder une voiture, contre 74% il y a 20 ans. En plus des difficultés économiques qu'elle traverse, l'automobile serait-elle en voie de déclin dans le cœur des nouvelles générations ?

Atlantico : Alors qu'il y a 20 ans 74% des 18-24 ans possédaient une voiture, de nos jours ils ne sont plus que 59%. Comment est-on passé d'une automobile qui était au centre de l'activité humaine à cette perte de vitesse et ce désamour ?

Mathieu Flonneau (*) : A certains égards, le portrait que l'on a tendance à dresser de cette génération mériterait d'être resitué et réévalué. En effet, les jeunes urbains - on pourrait même resserrer la focale aux jeunes parisiens – ont un rapport assez désenchanté de l'automobile. Mais c'est une attitude propre aux populations qui ont à leur disposition de très nombreux autres moyens de transport et qui n'ont  plus ce besoin physique de l'automobile contrairement aux populations plus rurales qui en demeurent assez largement dépendantes voire prisonnières. Cette dimension d'utilité de l'automobile a quasiment disparu en ville et dans les centres d'une manière générale, mais demeure dans les banlieues et les périphéries. Aussi, il faut éviter d'analyser le désamour de l'automobile avec des lunettes trop parisiennes, il est assez relatif.

La symbolique qu'elle avait à une certaine époque aurait disparu. Cette analyse est-elle vraie ?

Il faut bien comprendre que l'automobilisme dans ses usages variés est complexe. Il existe des usages de niche qui, eux, sont assez traditionnels ou la belle automobile demeure un marqueur social très convoité. Puis, il y a un usage courant où c'est l'aspect utilitaire, quotidien, économique, politiquement ou écologiquement correct autour de la voiture qui est recherché. On est plus enclin – et c'est une caractéristique des populations urbaines – soit à abandonner la voiture, soit à rechercher des solutions alternatives, toujours dans l'univers de l'automobile, moins polluantes, électriques éventuellement, mais aussi le co-voiturage ou de location courte durée. L'accès à la voiture n'est donc pas moins recherché qu'auparavant, mais on cherche de plus en plus à la consommer différemment. Et les offres qui collent à ce nouvel écosystème sont désormais de plus en plus nombreuses, le bouquet de mobilité a explosé. La voiture conjuguée à d'autres solutions, d'autres modes de déplacement, demeure donc tout de même une solution.

Vous dites que la voiture se consomme différemment, mais qu'en est-il du facteur identitaire qui lui était associé ? Est-il encore présent ?

Pour partie ce facteur identitaire est indiscutable, mais il n'est pas forcément la marque d'un produit archaïque, anachronique et désuet...Lire la suite sur atlantico.fr

(*) Mathieu Flonneau est maître de conférence à l'université Panthéon-Sorbonne et à l'Institut d'Etudes Politiques en histoire contemporaine.

A ce titre, il est l'auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels Paris et l’automobile. Un siècle de passions, aux éditions Hachette Littératures (2005), Les cultures du volant. Essai sur les mondes de l’automobilisme, aux éditons Autrement (2008) et L’Autorefoulement et ses limites et Automobile : Les cartes du désamour : Généalogies de l'anti-automobilisme en 2010 chez Descartes.

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